projet établissement Brox

Sommaire
- Caractéristiques du LVA :
- Genèse………………………………………………………………… Page 3
- Situation géographique………………………………………………… Page 3
- Les permanents………………………………………………………… Page 4
- Fonctionnement général :
- Nos valeurs et objectifs……………….…………………………………… Page 5
- Le site d’accueil du LVA…………………………………………………. Page 6
- Des adolescents et jeunes adultes en difficultés multiples……………….. Page 7
- D’un point de vue administratif………………………………………. Page 7
- D’un point de vue clinique…………………………………………… Page 8
- L’accompagnement et les moyens mis en œuvre :
- Notre statut………………………………………………………………… Page 9
- La convention de Séjour Temporaire…………………………………….. Page 9
- Les modalités d’accueil……………….…………………………………… Page 10
- La demande…………………..………………………………………. Page 10
- Le « séjour de contact »………………………………………………. Page 10
- Les « séjours d’observation »……………………………………….. Page 11
- Le sens de notre protocole d’accueil………….……………………… Page 11
- L’accompagnement………………………………………………………. Page 12
- Construire un projet à partir de l’accueilli, avec lui…….…………… Page 12
- Les moyens pour y parvenir………………………………………….. Page 14
- L’accompagnement vers l’autonomie…………………………………….. Page 17
Pour ouvrir et non conclure … ……………………………………..Page 19
Annexes :
- Règlement intérieur
- Livret d’Accueil
- Charte des droits et libertés de la personne
- Caractéristiques du LVA :
- La genèse :
Le LVA de Brox a été créé en 1981, il est l’un des premier en France à avoir reçu un agrément du Conseil Général de l’Aveyron (ex Conseil Départemental).
Dans un premier temps, les permanents responsables ont accueilli des enfants souffrants de troubles autistiques et psychotiques. Puis durant quelques années, ils ont accueilli des mères avec enfant(s).
Depuis 1993, le LVA de Brox s’est spécialisé dans l’accueil et l’accompagnement d’adolescents et jeunes adultes, âgés de 16 à 21 ans, vivant des difficultés multiples.
En 2014, la fondatrice du LVA a souhaité prendre sa retraite, le fondateur a souhaité poursuivre. Émilie a lors intégré le LVA, d’abord en tant qu’assistante permanente salariée, puis en 2015 en tant que permanente responsable et travailleuse indépendante.
En 2016, Louis a rejoint l’équipe, lui aussi en tant qu’assistant permanent salarié, puis en 2018 en tant que permanent responsable et travailleur indépendant.
Depuis 2021, Émilie et Louis sont les deux permanents responsables du LVA de Brox, le fondateur du LVA ayant pris sa retraite (bien méritée à 75 ans et après 40 ans au service des accueillis !).
Cette période de tuilage, étendue sur plusieurs années, a permis une transition progressive et sereine dans la passation du LVA.
Le 24 juillet 2023, suite à l’évaluation externe qui s’est déroulé au sein du LVA, le Président du Département de l’Aveyron, M. Arnaud VIALA, par arrêté n° A 23 S 0200, a renouvelé notre autorisation de fonctionner pour une durée de 15 ans, soit jusqu’au 24 juillet 2038.
- Notre situation géographique :
Notre Lieu d’Accueil est implanté dans le département de l’Aveyron. La commune de Brusque, dont dépend le hameau de Brox, est situé au Sud de ce département rural. Le hameau est à flanc de montagne, orienté Sud-Ouest ce qui lui donne un fort taux d’ensoleillement. Il est niché au cœur de la forêt, c’est un endroit calme et paisible.
Il s’agit d’un réel choix de lieu de vie pour nous-mêmes avant tout, un lieu où nous nous sentons à notre place et ancrés. C’est également un cadre qui nous semble particulièrement propice à l’accueil et l’accompagnement de personnes en souffrance ou en difficultés multiples.
En effet, Brox favorise le retour au calme, l’introspection, le repos et la capacité à prendre le temps : prendre le temps de regarder autour de soi, de vivre le passage des saisons, voir les fruits mûrir et les goûter ; pour prendre le temps de mûrir soi-même et de goûter les bienfaits de ces modifications.
Pour autant, notre isolement reste relatif. La proximité de plusieurs villes nous donne un accès aisé à l’ensemble des services nécessaires à l’insertion des accueillis :
- Camarès (16 kms) : pour le médecin généraliste, la pharmacie, le dentiste, le cinéma…
- St Affrique (36kms) : nous y allons quasi quotidiennement : pour faire les courses et le marché le samedi, pour l’accès à tous les services de la vie courante (médecins, dentistes, CMP, psychologues et psychiatre en libéral, commerces, loisirs, Mission Locale, collèges et lycées, restaurants, cinéma…)
- Millau ou Albi (environ 75 kms chacun) : pour prendre le train, consulter des spécialistes, des balades, du shopping…
- Montpellier (100 kms) ou Toulouse (168 kms) : pour partir en voyage en train ou en avion, pour consulter des spécialistes, pour profiter de journées loisirs, visites, shopping…
En somme, le hameau de Brox offre un environnement à la fois retiré et apaisant, tout en permettant un accès rapide aux ressources nécessaires à l’accompagnement éducatif, thérapeutique et social des accueillis.
- Les permanents :
Louis et Émilie Fernandez sont les deux permanents responsables du LVA de Brox. Ils sont en couple depuis 2015 et collaborateurs depuis 2016. Tous deux sont aujourd’hui permanents responsables et travailleurs indépendants, associés au sein de la Société De Fait (SDF) de Brox.
Émilie est éducatrice spécialisée depuis 2008. Durant 6 ans, elle a travaillé en institution dans un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) où elle était également référente sociale du service Lits Halte Soins Santé (LHSS).
En 2014, elle rejoint le fondateur du LVA, suite au départ de son épouse à la retraite, pour travailler avec lui au sein du Lieu de Vie et d’Accueil de Brox. Après une première année en tant que salariée, Émilie devient permanente responsable, associée de la SDF, et s’investit pleinement dans la continuité du projet d’accueil initié en 1981.
Pour Émilie le choix d’accueillir et d’accompagner des personnes en difficultés en Lieu de Vie et d’Accueil est présent dès avant son entrée en formation d’éducatrice spécialisée. Ce projet, mûri de longue date, s’est ancré avec évidence dans le Sud-Aveyron, région pour laquelle elle nourrit un attachement personnel et familial fort.
Louis quant à lui, vient d’un tout autre univers professionnel. Il a exercé de nombreuses années dans le domaine de la mécanique automobile, avec un parcours riche et varié : mécanicien de véhicules légers, poids lourds et bus ; artisan propriétaire d’un garage automobile toutes marques tous matériels durant 10 ans ; monteur pneumatiques à l’étranger ; metteur au point de véhicules de course automobile sur piste.
C’est en partageant le quotidien d’un Lieu de Vie et d’Accueil, en y participant progressivement que s’est inscrit en lui le désir de participer à cette aventure humaine de manière officielle.
En 2016, il intègre la SDF en tant que salarié et se forme au contact des permanents expérimentés alors en poste, mais également au cours de formations professionnelles régulières. En 2018, il devient à son tour associé de la SDF de Brox et prend pleinement sa place en tant que permanent responsable.
Un assistant permanent peut venir compléter l’équipe.
Des élèves éducateurs spécialisés ou moniteurs éducateurs sont régulièrement accueillis dans le cadre de leur stage d’études.
Enfin, la présence de nos deux chiens, Toufu et Tournette, s’inscrit comme un élément à part entière du cadre de vie proposé. En tant qu’animaux familiers, leur rôle est informel mais non négligeable. Leur présence constante et non intrusive constitue souvent un facteur d’apaisement pour les accueillis, facilitant le contact et contribuant à leur régulation émotionnelle.
Très autonomes, Toufu et Tournette évoluent librement dans les espaces partagés intérieurs et extérieurs. Leur comportement calme et prévisible en fait des repères affectifs et relationnels sécurisants. À certains moments du quotidien, leur présence donne lieu à des interactions simples, ritualisées, qui participent à la structuration du temps et à la création de liens (par exemple, étant très gourmands, ils réclament leur friandise à chaque fin de repas !).
- Fonctionnement général :
- Nos valeurs et objectifs :
Être permanents au sein d’un Lieu de Vie et d’Accueil constitue pour nous un engagement à la fois personnel et professionnel. Il s’agit d’un positionnement actif dans la société, mais également d’un engagement éthique et relationnel auprès des personnes que nous accueillons.
Nous nous présentons auprès d’elles dans une posture d’authenticité professionnelle, c’est-à-dire avec nos compétences et nos ressources, mais aussi avec nos limites, quelles soient physiques ou psychiques. Cette posture professionnelle est le fruit d’un parcours d’expériences et de formations, et continue à se nourrir de notre pratique quotidienne.
Notre approche engage notre responsabilité à l’égard des jeunes personnes que nous accueillons. Elle est fondée sur un socle de valeurs fondamentales que nous avons à cœur de partager et qui guide nos interventions :
- le respect, de soi et de l’autre ;
- la solidarité et la tolérance ;
- l’ouverture à l’autre et au monde ;
- la bienveillance et la bientraitance ;
- l’écoute active et l’accueil de la personne dans toutes ses dimensions ;
- la confiance en l’autre et en ses capacités comme principes d’action au quotidien.
Le prendre soin est un axe transversal de notre accompagnement. Il se décline à la fois dans la relation à soi, à l’autre, à l’environnement et plus largement au monde qui nous entoure.
À titre d’exemple, nous valorisons une alimentation respectueuse de la santé et de l’environnement, en privilégiant des produits de saison, biologiques et locaux. Ce choix s’accompagne d’une démarche de sensibilisation auprès des accueillis, afin de favoriser la conscience de l’impact de leurs gestes au niveau individuel, social et écologique.
Autre exemple, chaque mois les accueillis choisissent, une association à laquelle nous faisons un don. Ce projet, tout en apportant un soutien à des associations caritatives, a pour but d’ouvrir les accueillis au monde qui les entoure, à les sensibiliser à des causes environnementales, sociétales, humanitaires… C’est également un moment de partage, d’échanges et de parole, éventuellement de négociations entre eux. Il s’agit pour eux de rédiger, d’élaborer une pensée, de faire des choix. Enfin, c’est une porte d’accès à la citoyenneté, pour devenir acteur de leur vie et de la société dans laquelle ils souhaitent évoluer.
Sans relever du champ institutionnel thérapeutique, notre Lieu de Vie et d’Accueil offre un cadre contenant et structurant. La vie quotidienne, les repères instaurés, notre disponibilité continue et les modèles relationnels que nous proposons participent à un effet soignant, particulièrement adapté aux jeunes personnes vivant des situations de rupture, de fragilité, voire de désorganisation psychique que nous accueillons.
Ce travail minutieux, inscrit dans la durée, s’accompagne d’une réflexion continue sur nos pratiques professionnelles et d’une recherche de réponses nouvelles et adaptées à chaque situation, dans le respect de nos valeurs fondatrices.
- Le site d’accueil
Le LVA est implanté dans le hameau de Brox, constitué d’une douzaine de maisons. Nous louons l’une d’entre elles qui héberge les accueillis. À quelques dizaines de mètres de là se situe notre maison.
Cette configuration constitue l’une de nos spécificités : nous n’assurons pas une présence physique continue auprès des accueillis, notamment la nuit. Toutefois, une chambre de veille nous permet d’être présent en cas de nécessité et de loger l’assistant permanent ou les stagiaires. Ainsi, sauf cas particulier, nous dormons dans notre maison. Nous restons joignables à tout moment et en capacité d’intervenir très rapidement si nécessaire.
Les autres temps de la vie quotidienne se vivent de manière partagée. Le « vivre avec » constitue une réalité concrète, tant pour nous que pour les accueillis. Néanmoins, certains moments de la journée peuvent être vécus sans notre présence directe afin de respecter le rythme de chacun.
Cette distance relative est un choix réfléchi et adapté à l’âge des adolescents et jeunes adultes que nous accueillons. Elle agit comme un filet de sécurité : ses mailles sont contenantes tandis que ses espaces vides offrent aux accueillis une respiration bienvenue, revendiquée et bien souvent salutaire à l’égard des adultes.
Cette spécificité repose sur une posture de confiance mutuelle.
De notre côté, il s’agit d’avoir confiance dans leur capacité à faire face : à supporter quelques heures de solitude, à identifier les moments où ils se sentent vulnérables, à nous alerter et nous solliciter si nécessaire.
De leur côté, il s’agit d’être assurés que, même lors de ces temps à distance, nous pensons à eux, nous sommes disponibles, réactifs et présents si nécessaire.
Cette spécificité fait l’objet d’un travail préalable systématique :
Dans un premier temps, une évaluation conjointe avec le référent du service orienteur permet de considérer s’il y a adéquation entre cette organisation et le profil du futur accueilli.
Dans un second temps, nous abordons ce sujet avec le futur accueilli lui-même, dans une logique d’adhésion progressive.
Enfin, notre procédure d’admission prévoit une phase d’observation et d’ajustement, garantissant une évaluation continue de la pertinence du cadre proposé. L’accompagnement qui en découle reste évolutif et ajusté aux besoins spécifiques de chaque accueilli.
La « maison des accueillis », au cœur du hameau, est petite et rustique mais néanmoins confortable. Elle est constituée d’un rez-de-chaussée et d’un étage accessible par un escalier (nous ne disposons pas d’ascenseur).
Au rez-de-chaussée se situent :
- la cuisine ouverte sur la salle à manger ;
- la chambre de veille ;
- la salle de bain et les WC séparés, qui sont communs à tous les habitants ;
- notre bureau (qui accueille également les tapis de Toufu, notre chien !).
Au premier étage se situent :
- trois chambres individuelles ;
- un espace salon commun avec une télévision, une PlayStation, des DVD, des livres, des bandes dessinées et des jeux de société.
Toute la maison bénéficie d’une connexion Wifi.
A l’extérieur un petit espace nous permet de manger dehors par beau temps, et de faire des grillades. Des transats sont également à disposition pour profiter du soleil en été.
Nous n’avons pas de jardin, mais toute la montagne à disposition pour aller balader, avec ou sans les chiens !
- Des adolescents et jeunes adultes en difficultés multiples
- D’un point de vu administratif :
Notre capacité totale d’accueil, selon notre autorisation de fonctionner, stipule que nous pouvons accueillir « 4 enfants, adolescents et jeunes majeurs au titre de la protection de l’enfance et des services de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) ». Le placement ASE peut être administratif ou judiciaire.
Les services orienteurs sont implantés sur l’ensemble du territoire national.
Nous avons volontairement fait le choix de limiter notre capacité d’accueil à trois accueillis simultanément.
Ce choix repose à la fois sur la configuration des lieux – trois chambres individuelles – et sur notre volonté de garantir un cadre de vie serein, tant pour les accueillis que pour nous-mêmes. Il préserve ainsi la qualité de notre engagement professionnel et de notre équilibre personnel.
Ce nombre restreint nous permet une plus grande disponibilité psychique et physique pour chacun des accueillis, une meilleure écoute et ainsi une plus grande adaptabilité à leurs besoins et demandes.
Il s’agit également de préserver leur qualité de vie, le groupe pouvant être anxiogène pour certains d’entres eux. Ainsi, ce choix d’un collectif très réduit amène une dimension familiale et contenante bénéfique à chacune et chacun.
Nous n’accueillons les adolescents qu’à partir de 16 ans révolus et jusqu’à 21 ans.
Ce seuil a été défini en cohérence avec les spécificités de notre cadre d’accompagnement, notamment l’absence de présence nocturne continue, qui implique que l’accueilli soit en capacité de dormir seul en toute sécurité.
Par ailleurs, cet âge correspond à une étape charnière sur les plans juridique, développemental et psychique. À partir de 16 ans, les adolescents commencent à pouvoir assumer certaines responsabilités légales et pratiques. Sur le plan psychique, cette période du développement favorise l’entrée dans un travail d’élaboration autour de l’autonomie, de l’identité, de la parole sur soi et de la projection dans l’avenir.
Notre accompagnement vise ainsi à soutenir l’ouverture progressive des accueillis vers une posture de jeune adulte. Il s’inscrit dans une dynamique à la fois contenante et responsabilisante, adaptée à cette tranche d’âge.
Enfin, nous proposons un accueil mixte. En effet, il nous semble indispensable de travailler la question du respect de l’autre et du vivre ensemble quelques soient les différences, également à travers le prisme de la mixité.
De même, cette mixité nous permet d’accueillir des personnes transgenres en cours ou non de transition, sans aucune discrimination.
- D’un point de vue clinique :
Les adolescents et jeunes adultes que nous accueillons ne présentent pas, a priori, de « profil spécifique » prédéfini.
Néanmoins, certaines capacités minimales sont requises, en lien avec les caractéristiques du cadre de vie et les modalités d’accompagnement proposées :
- la capacité à dormir sans surveillance immédiate et continue ;
- la capacité physique à emprunter des escaliers et à se déplacer de manière autonome dans une maison à étages.
Par ailleurs, chaque nouvelle admission fait l’objet d’une évaluation individualisée lors de plusieurs séjours courts. Elle tient compte des ressources et limites du futur accueilli, des équilibres relationnels en jeu entre les accueillis déjà présents ainsi que de nos propres limites à accueillir et accompagner correctement les nouveaux accueillis.
Nous accueillons et accompagnons des adolescents et jeunes adultes présentant des difficultés multiples, d’ordre familiales et/ou sociales et/ou psychiques.
Une majorité d’entre eux a déjà connu un parcours institutionnel complexe, souvent marqué par des ruptures successives. D’autres sont accueillis dans le cadre d’un premier placement, en prévention ou en réponse à une situation de crise.
Si chaque accueilli est unique et singulier, certains traits se retrouvent fréquemment :
- des situations de séparation ou de conflits parentaux ;
- l’absence de l’un et/ou des parents ;
- des précarités économiques et/ou socioculturelles de la famille ;
- des carences et/ou négligences éducatives ;
- des maltraitances psychologiques ou physiques ;
- des problématiques psychoaffectives, voire des maladies mentales ou des addictions de leurs parents ;
- des violences intrafamiliales… …
Ces parcours de vie chaotiques, bien souvent traumatiques, entraînent chez les accueillis :
- des fragilités importantes dans leur construction psychique ;
- une évolution dysharmonieuse ;
- des troubles psychiques, voire psychiatriques (états limites, troubles psychotiques ou pré psychotiques…) ;
- des souffrances archaïques peu mentalisées ;
- des carences affectives importantes ;
- des troubles du comportement et des troubles associés pouvant entrainer des passages à l’acte hétéro ou auto-agressifs ;
- un mal être global qu’ils ne parviennent généralement pas à comprendre et mettre en mots ;
- un isolement et un retrait du monde entraînant une déscolarisation, voire un retrait social ;
- une absence de projet, de désir, d’envie, d’élan de vie ;
- l’absence de lien avec leur milieu familial ;
- la nécessité d’un éloignement de leur lieu de vie habituel (familial, social…).
Ces situations complexes requièrent de notre part une posture souple et réactive. Elles impliquent une capacité d’adaptation constante, ainsi que la mise en place de réponses singulières, innovantes et créatives. Ces réponses doivent être pensées au plus près des besoins et des particularités de chaque personne accueillie.
- L’accompagnement et les moyens mis en œuvre :
- Notre statut
Nous avons fait le choix d’exercer sous le statut de travailleurs indépendants, en cohérence avec la nature de notre engagement professionnel et des spécificités du travail en LVA.
Ce statut nous permet :
- d’être pleinement responsables du cadre, des actes et des décisions que nous mettons en œuvre en tant qu’acteurs engagés de l’accompagnement que nous proposons ;
- d’entretenir une relation partenariale avec les services orienteurs, hors de toute hiérarchie ou lien de subordination ;
- de rester réactifs, disponibles et adaptables, en fonction des besoins singuliers des accueillis ;
- de conserver une liberté de pensée et d’action, nécessaire à la création de dispositifs souples et ajustés.
- La Convention de Séjour Temporaire
Chaque accueil repose sur la signature préalable d’une Convention de Séjour Temporaire. Ce document contractuel définit le cadre de l’accueil : le projet personnalisé de l’accueilli ainsi que le cadre administratif et financier de la prise en charge.
La convention engage toutes les parties : nous-mêmes – permanents du LVA-, le référent éducatif ASE, le responsable administratif et financier du service orienteur, ainsi que l’accueilli (qui signe s’il est majeur ou vise s’il est mineur).
En effet, en l’absence de l’accord de l’une des parties, l’accueil ne peut être mis en place.
Ce document unique formalise donc une prise en charge globale, concertée et structurée, tout en précisant les responsabilités de chacun. Il identifie également les interlocuteurs mobilisables en cas de difficulté ou de crise.
La durée initiale de la convention varie de 3 à 6 mois. Elle est renouvelable sur accord mutuel.
Le sens et la poursuite de l’accompagnement n’est pas « tacite ». À chaque échéance, une rencontre est organisée avec le référent éducatif, afin de réinterroger collectivement le sens de l’accompagnement.
En amont, un bilan écrit est transmis au service orienteur. Il permet de faire état du cheminement de l’accueilli, de mettre en lumière ses avancées tout comme ses points de buté, c’est à dire « qui il est et là où il en est, à un moment donné ». Dans le bilan nous proposons également des ajustements éventuels ou de nouveaux axes de travail pour le futur projet.
Enfin, la Convention Temporaire de Séjour constitue aussi un outil structurant : à chaque étape, par sa signature, ou son visa, l’accueilli donne son accord à la prise en charge, puis à sa poursuite.
Cet acte, lui permet le passage d’une position « d’objet de prise en charge » à celle de « sujet engagé dans son parcours », dans une dynamique de responsabilisation et d’émergence de soi. En coconstruisant et validant le projet qui le concerne, l’accueilli s’implique activement dans le cadre de son accompagnement et s’engage dans une démarche d’autodétermination, essentielle à tout processus de remobilisation psychique et sociale.
- Les modalités d’accueil
- La demande :
La procédure d’accueil débute par une demande formulée par un travailleur social, généralement issu d’un service de l’Aide Sociale à l’Enfance. Un retour est systématiquement apporté dans les meilleurs délais, quelle que soit la réponse.
En cas de place disponible, un premier entretien est mené avec le référent éducatif afin de présenter notre cadre d’intervention (projet mais également conditions administratives et financières) et d’évaluer la pertinence de l’accueil au regard de la situation du potentiel futur accueilli.
Si l’échange est concluant, un entretien téléphonique est proposé au futur accueilli, accompagné de son éducateur référent. Ce temps d’échange permet une première prise de contact réciproque.
À l’issue de cet entretien, un séjour dit « de contact », de 4 jours et 3 nuits, peut être proposé. Après accord de chacune des parties, des dates sont arrêtées et une Convention de Séjour Temporaire est établie.
- Le « Séjour de contact » :
Lors du « séjour de contact », il est demandé que le référent éducatif du futur accueilli l’accompagne physiquement jusqu’au LVA. Cette présence permet une première visite du lieu, une rencontre avec l’équipe, et évite que le futur accueilli ne se sente « lâché » ou simplement « transféré d’un lieu à un autre ». Jusqu’au moment du départ du référent, le futur accueilli a d’ailleurs la possibilité de revenir sur sa décision et de repartir avec son référent.
L’objectif de ce séjour est d’instaurer une première rencontre entre nous, permanents du LVA, le futur accueilli et les accueillis déjà présents. Il s’agit également pour le futur accueilli de découvrir concrètement les possibilités et les limites du cadre proposé par le LVA. C’est un temps où l’on peut commencer à explorer les demandes ou besoins qui pourraient émerger. À cette fin, un entretien individuel et confidentiel (sauf en cas de révélation relevant de l’article 40, alinéa 2 du Code de procédure pénale) est réalisé chaque jour entre le futur accueilli et nous-mêmes.
À l’issue du séjour de contact, le futur accueilli réintègre son lieu de vie habituel. Nous rédigeons un bilan qui est transmis au service orienteur, avec la demande explicite qu’il soit lu et discuté avec l’intéressé. En fonction des décisions prises par l’ensemble des parties, un second séjour peut être envisagé.
- Les « séjours d’observation » :
Ce second séjour, dit « séjour d’observation », s’étend sur une durée de 6 à 10 jours.
Il permet au futur accueilli de commencer à prendre ses repères au sein du LVA et vis-à-vis des autres personnes y vivant. C’est un temps pour évaluer ce qui est envisageable pour lui au regard des spécificités du LVA. Ce temps peut également offrir une première approche des différents lieux de socialisation (lycée, mission locale, …), ainsi qu’une prise de contact avec les différents lieux de soins ou d’activités de loisirs. Durant ce séjour d’observation, les entretiens ne sont plus quotidiens mais restent essentiels et réguliers. Le « séjour d’observation » constitue ainsi une étape importante pour aider le futur accueilli à mieux se projeter dans une éventuelle prise en charge plus longue.
À l’issue de ce second séjour la même procédure est reproduite : retour au lieu de vie habituel, envoie d’un bilan, mise en place d’une suite ou non.
Un autre séjour d’observation peut alors être proposé selon les mêmes modalités, si l’une des parties émet des doutes sur la faisabilité du projet ou si le futur accueilli a besoin de plus temps.
Sinon, un accueil au long cours peut être proposé, à temps plein ou en séquentiel.
- Le sens de notre protocole d’accueil :
Ce protocole d’accueil peut sembler long et complexe, toutefois il a fait ses preuves.
En effet, chacune des étapes permet de valider l’accord de chacune des parties (le futur accueilli, nous-mêmes, permanents du LVA, ainsi que le service demandeur) pour poursuivre le travail entamé.
Il s’agit de :
- trouver un lieu où le futur accueilli pourra avoir sa place et non un lieu de placement ;
- considérer le futur accueilli en tant que sujet et donc d’entendre sa parole ;
- questionner régulièrement le sens du travail que nous proposons ;
- réactualiser et ajuster régulièrement le projet de l’accueilli en fonction de « là où il en est, à un moment donné » ;
- garantir la place de tiers du référent, acteur indispensable à notre travail avec le futur accueilli.
Les allers et retours entre le LVA et le lieu de vie habituel du futur accueilli favorisent l’émergence d’un travail d’élaboration psychique pour lui.
Ce temps d’élaboration permet :
- au futur accueilli, de donner son accord de manière éclairée ;
- à nous-mêmes, de nous préparer et nous rendre disponibles pour cette rencontre ;
- aux accueillis déjà présents, de se préparer également à recevoir une nouvelle personne dans leur espace de vie ;
- au service demandeur, de mettre en place tous les documents nécessaires à l’accueil (signature de la Convention de Séjour Temporaire, accord de prise en charge financière, organisation des trajets et accompagnements…).
Toutefois, au vu des situations parfois délicates rencontrées par les futurs accueillis et par les services demandeurs, des aménagements peuvent être mis en place pour accélérer certaines étapes de la procédure d’accueil :
- un accueil au long cours peut ainsi être envisagé après le premier séjour d’observation,
- les temps de retour sur le lieu de résidence habituel du futur accueilli peuvent être réduits…
Il s’agit alors de s’adapter à la situation individuelle de chaque futur accueilli.
Par contre, nous refusons de faire l’économie du « séjour de contact » et du premier « séjour d’observation » : il n’y a d’urgence que les urgences vitales et dans ce cas nous ne sommes pas compétents.
L’important est de ne pas confondre vitesse et précipitation.
- L’accompagnement
L’adhésion de l’accueilli est donc une condition indispensable à la pertinence de notre accompagnement. Son accord explicite est requis en amont de l’admission, puis tout au long de son séjour et lors de chaque renouvellement de Convention de Séjour Temporaire.
Cette posture favorise l’émergence d’une position de sujet acteur de son parcours, étape fondamentale pour advenir en tant que sujet de sa propre trajectoire de vie.
- Construire un projet à partir de l’accueilli, avec lui
Notre approche ne s’appuie pas sur un projet préétabli, ni sur un support matériel spécifique (tels qu’une ferme, une écurie ou un atelier). Ce qui fonde notre spécificité, c’est notre engagement personnel dans la relation : un apport subjectif, humain, qui constitue le socle de notre accompagnement.
Nous tricotons pour chacun un filet de sécurité, un projet « sur mesure », avec un mode et un rythme de vie et d’accompagnement particulier en fonction de la singularité de chacun.
Ce travail nécessite de remettre en jeu notre posture à chaque nouvelle rencontre, de remettre notre ouvrage sur le métier, de réapprendre, retenter, réinventer notre pratique.
Il s’agit de prendre le temps de la rencontre.
Il s’agit de les accueillir tels qu’ils sont, là où ils en sont.
Il s’agit d’ouvrir un espace en soi pour accueillir l’autre, ce qui implique une disponibilité intérieure.
Il s’agit de leur permettre d’exister et non pas de les adapter et les éduquer.
Il s’agit, dans un premier temps, de ne rien faire d’autre – mais rien de moins non plus – que d’être présents, attentifs et accueillants à ce qui peut advenir, à ce que les accueillis nous donneront à voir.
Les problématiques des accueillis sollicitent fortement notre présence contenante : disponibilité, patience, écoute, réassurance et sécurité sont fréquemment recherchées, souvent de manière implicite. Cette demande s’apparente à une relation de type parent-enfant, voire soignant-soigné, bien qu’elle s’inscrive ici dans la vie quotidienne, auprès d’adolescents réels, hors de tout cadre institutionnel médicalisé.
Dans un premier temps, notre posture n’est pas centrée sur le « faire », ni dans un projet prédéfini. Il s’agit plutôt de maintenir une présence suffisamment stable et sécurisante pour permettre l’émergence progressive d’un désir, d’une intention ou d’un projet – à leur rythme. Cette fonction de contenance psychique, inspirée du concept de « holding » de Winnicott, vise à créer les conditions d’un accueil véritable de l’autre dans ce qu’il est.
Tout au long de notre accompagnement, nous nous efforçons d’entrer dans la temporalité singulière de chaque accueilli.
Cela implique une attention fine face aux signes discrets qui, loin d’être anecdotiques ou anodins, témoignent d’un mouvement interne, d’un processus d’élaboration ou de repositionnement subjectif qu’il nous appartient d’observer et d’accompagner. Ainsi un déplacement dans les habitudes, un infime changement de posture – comme la manière de porter une casquette – sont à nos yeux autant de signes porteurs de sens qu’il convient de prendre en compte.
Nous proposons un accueil quasi inconditionnel dans un environnement quotidien sécurisant, propice à l’apaisement. En effet, le petit nombre de personnes accueillies nous permet de supporter des situations là où ailleurs, elles seraient considérées comme insupportables.
Ainsi, nous accueillons les décalages – qu’ils concernent les rythmes biologiques (sommeil, repas, retards) ou les temporalités psychiques propres à chacun – comme autant d’expressions singulières d’un développement en cours. Loin de chercher à les corriger, nous les reconnaissons comme légitimes et porteurs de sens.
Nous restons également présents dans les moments d’échec ou de remise en cause, sans injonction de performance ni attente de résultat. Cette posture contenante, non jugeante, permet aux accueillis de traverser ces épisodes en se sentant soutenus plutôt que disqualifiés. Elle favorise, à terme, un processus de restauration narcissique, une sécurité interne plus stable, et la possibilité d’une autonomisation progressive – non pas imposée de l’extérieur, mais initiée de l’intérieur.
L’observation fine, l’écoute attentive et la retranscription écrite de « l’insignifiant de la vie quotidienne » sont essentielles à notre travail. C’est pourquoi nous accordons une place centrale aux temps d’échanges professionnels et aux écrits cliniques. Ils permettent d’analyser ces « insignifiants » pour qu’ils deviennent signifiants pour l’accueilli.
Enfin, ces temps de réflexions nous permettent une indispensable prise de recul, soutenant la qualité et la continuité du travail engagé.
Nous mettons en place des temps d’échanges et d’entretiens réguliers avec chaque accueilli. Qu’ils soient formels ou non, ces temps sont investis comme des espaces à part entière, porteurs de sens et de potentialités. Les accueillis sont parfois entendus pour la première fois, leur semble-t-il.
Ces espaces d’élaboration psychique, que nous soutenons avec constance, constituent l’une des spécificités de notre accompagnement. Toutefois, au-delà du seul entretien, c’est la capacité à « se tenir ensemble » dans la durée, dans une relation de présence partagée, qui donne sa densité au lien. Accompagner, ici, c’est aussi prendre soin du « jardin de chacun » : respecter les saisons intérieures, les rythmes singuliers, et cultiver patiemment ce qui, peu à peu, peut éclore et pousser.
Ce n’est qu’après ce temps de rencontre et d’apprivoisement mutuel, tel le renard du Petit Prince, qu’il devient possible de co-construire des projets spécifiques, adaptés à chaque accueilli.
Ces projets prennent des formes très diverses selon chacun, en fonction des besoins, des désirs et des possibilités du moment. Pour l’un, ce sera l’édition avec un professionnel d’un CD mêlant poésie et musique ; pour un autre, des déplacements réguliers vers des villes voisines, afin de sortir d’un mode de fonctionnement totalement coincé et clos ; pour un autre encore, il s’agira d’une reprise de scolarité ou du passage du permis de conduire…
Il ne s’agit pas ici de proposer des supports préexistants, standardisés, mais bien d’imaginer avec chaque accueilli un dispositif qui lui soit propre, temporaire, ajusté, souvent en marge des voies classiques de socialisation que sont l’école ou le travail.
Cette capacité à inventer, à créer des chemins singuliers, est au cœur de notre pratique.
Enfin, il s’agit bien souvent pour nous d’accepter et d’assumer une part de prise de risque dans la mise en place de ces projets parfois atypiques. Assumer cette part de prise de risque fait partie intégrante de notre posture d’accompagnement. Parce que le risque est inhérent à toute vie en mouvement, il ne peut être exclu de la vie au sein de notre Lieu de Vie et d’Accueil et de notre pratique. Ces risques – toujours évalués, discutés, mesurés – s’inscrivent dans une logique de confiance progressive et d’ajustement au réel.
Nous prenons le risque de laisser un jeune seul au Lieu d’Accueil ou en ville, de le laisser voyager, de dormir à l’hôtel, de sortir le soir avec des amis… Mais également le risque de l’installer en logement accompagné, parfois même à une grande distance.
Ces décisions ne sont jamais prises à la légère : elles interviennent progressivement dans le parcours de l’accueilli, après un temps de lien construit, dans un dialogue avec lui, ainsi qu’avec les services orienteurs, voire même les partenaires médicaux ou scolaires.
À travers cette démarche, il s’agit pour nous de reconnaître les capacités de l’accueilli, de les valoriser et favoriser l’émergence d’une responsabilité conscientisée. Il s’agit également de lui permettre d’expérimenter, de manière encadrée, des formes concrètes d’autonomie.
Ce faisant, et malgré toutes les sécurités qui peuvent être mises en place, nous prenons également le risque – partagé avec l’accueilli – d’être confrontés à l’échec. Lorsque celui-ci survient, nous nous donnons le temps d’une analyse distanciée, afin de comprendre ce qui a failli et d’éviter toute répétition. Toutefois, ces échecs ne doivent pas non plus entraver toute tentative future. Il est donc question d’un équilibre délicat.
Cette pratique d’une prise de risque mesurée et calculée engage notre responsabilité directe en tant que travailleurs indépendants. Elle est le fruit d’un positionnement éthique, fondé sur la réflexion, le discernement et la confiance. Ce cadre, reconnu par les services orienteurs, l’est surtout par les accueillis eux-mêmes, qui y trouvent un espace rare où leurs possibles peuvent s’exprimer.
- Les moyens pour y parvenir
S’il n’est jamais possible de garantir pleinement la réussite d’un accompagnement, nous mobilisons néanmoins différents outils et dispositifs visant à en assurer le cadre, la cohérence et la sécurité :
- La supervision : un cadre garantissant une distanciation réflexive :
Nous avons instauré trois formes de supervision professionnelle : supervision d’équipe, de couple professionnel, et individuelle. Chacune de ces instances est assurée par un intervenant extérieur, appartenant à un champ théorique distinct : psychologue clinicien, gestalt-thérapeute, psychologue d’orientation psychanalytique. La fréquence des séances est ajustée en fonction des besoins repérés, avec un rythme moyen d’une rencontre toutes les trois semaines.
Ces temps de supervision offrent un espace indispensable de mise à distance.
À travers une analyse fine des comportements des personnes accueillies, ainsi que de ceux repérés chez nous-mêmes, ils nous permettent de repérer ce qui, dans la relation, vient produire de l’affect et du transfert. En mettant des mots sur ce qui, parfois, vient nous heurter, nous pouvons le rendre intelligible et par la suite plus supportable.
Ces espaces, favorisent donc l’élaboration et permettent ainsi un réajustement de nos postures et de nos pratiques. Ils sont un cadre sécurisant, visant à maintenir notre disponibilité psychique.
- Les réunions d’équipe : un temps de coordination et de réflexion partagées :
Les réunions d’équipe, qu’elles soient formelles ou informelles, constituent un autre point d’appui fondamental de notre travail. Elles permettent de mettre en commun nos observations et d’identifier les avancées ainsi que les difficultés rencontrées par les accueillis. L’attention portée aux détails du quotidien, souvent ténus, et à ce qu’ils nous donnent à percevoir soutient une compréhension affinée des dynamiques en jeu pour chacun mais également entre chacun. Y participent l’ensemble des accueillants présents : permanents, assistant permanent, stagiaires.
- Le partenariat : s’ouvrir et construire des passerelles vers le droit commun :
Le travail en partenariat constitue un axe fondamental de notre action.
Le service orienteur ainsi que le référent éducatif du jeune accueilli sont nos partenaires principaux. Des échanges réguliers par courriels ou téléphone, des rencontres dans leurs locaux ou directement sur le Lieu de Vie et d’Accueil, l’envoi de notes de situation, de bilans ou, le cas échéant, de notes d’incident, structurent cette collaboration. Ce lien essentiel vise à garantir la cohérence de la prise en charge et à soutenir la continuité du parcours de l’accueilli.
Le référent éducatif peut d’ailleurs jouer un rôle de tiers dans la relation éducative, notamment en cas de tension ou de désaccord entre l’accueilli et nous. Ainsi, en accord avec les référents, chaque accueilli dispose des coordonnées de son référent et peut le contacter de manière autonome.
En fonction de la situation et des besoins identifiés pour chaque accueilli, des partenaires extérieurs sont sollicités de manière ciblée. Il peut s’agir de professionnels du secteur médical (médecins généralistes, spécialistes, psychiatres, psychologues), de structures médico-sociales (Mission Locale, Centre Médico-Psychologique), d’organismes de formation (GRETA, lycées, centres de formation professionnelle), ou encore d’acteurs du champ culturel, associatif et économique (associations de loisirs, intervenants artistiques, professionnels de l’hôtellerie ou de la restauration, etc.).
Ces partenariats visent à étoffer le maillage autour du jeune et à lui permettre de s’ouvrir au monde, ils sont recherchés et valorisés. Par ailleurs, les échanges avec les intervenants externes nous offrent des éléments d’observation complémentaires, permettant d’enrichir notre analyse de la situation des accueillis. Les retours et échanges avec ces partenaires apportent un nouvel éclairage concernant certains aspects des accueillis, contribuant ainsi à l’enrichissement de nos pratiques.
Nous faisons le choix de travailler tous ces partenariats dans un mouvement où nous accompagnons les accueillis vers l’extérieur en lieu et place de faire intervenir les partenaires au sein du LVA.
Ce mode de fonctionnement est un levier fondamental qui vise à limiter les effets d’institutionnalisation, souvent générateurs pour les accueillis de stigmatisation et d’enfermement. Cela évite également de renforcer leur sentiment d’exclusion, d’altérer l’estime de soi et d’entretenir une forme de dépendance à l’accompagnement dans des dispositifs spécialisés.
À l’inverse, l’exposition progressive dans le droit commun – qu’il s’agisse de la scolarité, de la formation, de l’emploi, ou encore des loisirs – permet de soutenir leur processus de subjectivation et d’autonomisation. L’accueilli n’est plus seulement « pris en charge », il devient acteur dans un cadre social partagé. Cette mise en mouvement participe à la restauration de l’image de soi, favorise l’inscription dans la société et alimente un sentiment d’appartenance.
Dans ce mouvement, l’accompagnement conserve toute sa pertinence, mais se redéfinit : il devient médiateur entre l’accueilli et les ressources du droit commun, plutôt que garant d’un cadre exclusivement institutionnel. Il s’agit d’ajuster le niveau de soutien, de favoriser les initiatives et de prévenir les effets de désaffiliation liés aux ruptures vécues antérieurement.
Cela implique un travail étroit auprès des accueillis dans la levée de leurs freins : que ce soit la peur de l’échec, le manque de repères, la faible estime de soi… Mais également une collaboration active avec les partenaires pour rendre les dispositifs plus accessibles et inclusifs.
Cette logique d’ouverture contribue également à déconstruire les représentations sociales négatives qui peuvent peser sur les enfants et adolescents suivis par la protection de l’enfance. Elle valorise leurs compétences, leurs ressources, et leurs capacités de transformation.
Cette approche clinique met en tension les exigences de protection et l’impératif d’ouverture. Il s’agit de penser le dispositif non comme une fin en soi, mais comme un tremplin vers une insertion progressive dans des espaces non spécialisés, porteurs de normalisation, de reconnaissance et de possibilités.
Enfin et surtout, cette approche invite à parier sur le potentiel de l’accueilli plutôt que sur ses carences afin de créer les conditions d’un passage réel vers une citoyenneté active et reconnue.
- La présence d’un assistant permanent salarié et de stagiaires : un enrichissement de la réflexion clinique :
Lorsque la charge de travail devient importante, pour préserver notre équilibre et assurer la pérennité de l’accompagnement, nous pouvons recourir à l’embauche d’un assistant permanent salarié à temps partiel. Ce renfort nous permet de souffler, de répartir les responsabilités et de maintenir la qualité de l’intervention auprès des accueillis.
Par ailleurs, convaincus de l’importance de contribuer à la formation des futurs professionnels, nous ouvrons régulièrement nos portes aux stagiaires, qu’ils soient moniteurs-éducateurs ou éducateurs spécialisés. Cette démarche nous permet non seulement de répondre à leurs questions, mais aussi de bénéficier de leur regard neuf, source de questionnements de nos propres pratiques et facilitateur de leur déploiement.
Ces présences extérieures participent à l’enrichissement de notre regard clinique, à nourrir notre réflexion et favorisent la mise en perspective des situations des accueillis. Interrogeant nos pratiques et notre positionnement, ils nous obligent à réinterroger le sens de nos interventions, à ajuster nos repères, et à maintenir une posture réflexive au sein de l’équipe.
- L’écrit : un outil d’élaboration clinique et de soutien au parcours :
La production régulière d’écrits – bilans, notes de situation, comptes rendus d’incident – constitue un outil central dans notre travail d’élaboration clinique. Elle permet une mise à distance des affects et des enjeux relationnels, en favorisant une lecture plus construite de ce que les accueillis vivent et de ce qu’ils nous donnent à vivre dans la relation éducative.
Ce travail d’écriture contribue à affiner notre connaissance des accueillis, en mettant en évidence des éléments de leur trajectoire, de leurs ressources, de leurs fragilités, mais aussi de leur évolution.
Dans une perspective de transparence, de co-compréhension et d’implication dans leur parcours, nous proposons toujours aux accueillis de lire avec eux les écrits les concernant.
- La formation continue : un outil de maintien et d’enrichissement de nos compétences :
Le maintien et le développement de nos compétences constituent un enjeu central pour garantir la qualité et la pertinence de l’accompagnement que nous proposons. Ainsi, une vigilance particulière est portée à la formation continue, véritable levier indispensable pour enrichir nos savoir-faire et savoir-être professionnels.
Nous réalisons généralement une à deux formations par an dispensées par des organismes spécialisés. Nous avons également recours à des modalités complémentaires : lectures régulières d’ouvrages et de revues spécialisées ; veille sociale concernant les évolutions législatives encadrant la protection de l’enfance ainsi que celles plus spécifique des LVA.
Par ailleurs, la participation à des colloques et journées d’études permet d’élargir nos horizons professionnels, de confronter nos pratiques à des réflexions plus larges et de nourrir une réflexion clinique collective. Cette démarche vise à assurer une adaptation constante aux évolutions du secteur et à soutenir une posture professionnelle engagée.
- L’adhésion à un réseau associatif : la richesse d’un collectif :
Enfin, nous sommes adhérents de l’Association FASTE Sud Aveyron, ce qui nous permet de rencontrer régulièrement d’autres permanents de Lieux de Vie et d’Accueil. Ces échanges portent tant sur les questions juridiques que sur nos pratiques professionnelles. Ils favorisent un enrichissement mutuel et une meilleure cohérence dans nos interventions.
Nous sommes également en lien avec d’autres associations regroupant des LVA, telles que la FLNV et Le GERPLA. Là encore, ces rencontres sont autant d’occasions d’échanges et d’enrichissement qui nous permettent également de sortir de l’isolement que nous pourrions ressentir en raison de la nature très spécifique de notre travail, ainsi que de la petite taille de notre LVA.
- L’accompagnement vers l’autonomie : oser la confiance, penser le départ :
Chez les jeunes personnes âgées de 16 à 21 ans que nous accueillons, l’accompagnement que nous proposons se situe au croisement de carences et comportements parfois archaïques, de comportements d’adolescents souvent immatures et des premières expérimentations de l’âge adulte. Cette période constitue également la dernière phase d’accompagnement institutionnel dans le cadre de la protection de l’enfance, marquant l’imminence de la sortie du dispositif de l’Aide Sociale à l’Enfance.
Actuellement, les Contrats Jeunes Majeurs ne peuvent, en effet, être sollicités au-delà de 21 ans. Pourtant, dans son rapport du 1er avril 2025, la commission d’enquête ministérielle sur les « Manquements des politiques publiques de protectionde l’enfance » consacre à cette question un chapitre très explicite en page 323 intitulé : « Le renforcement de l’accompagnement est nécessaire dans toutes ses dimensions, et ce jusqu’à 25 ans ». Elle y stipule « après le premier dépôt d’une proposition de loi à ce sujet en 2021, puis en 2022, elle avait à nouveau déposé, en janvier 2024, une proposition de loi visant à accompagner vers l’autonomie les jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance ».
À ce jour, cette proposition mainte fois réitérée, n’a toujours pas été traduite dans les faits, maintenant une zone de fragilité et de risque de précarisation pour les jeunes majeurs.
Cette échéance rend parfois la transition brutale, en particulier pour le type de jeunes personnes que nous accueillons, dont les parcours ont été marqués par des ruptures et des expériences traumatiques, des carences éducatives et affectives. Ces histoires de vie laissent des traces durables, des manques profonds, parfois même invalidants, qui complexifient le passage vers l’autonomie.
Dans ce contexte, notre accompagnement s’inscrit dans une « temporalité contrainte », où il est nécessaire d’anticiper la sortie dès l’arrivée de l’accueilli ; de penser cette fin non comme une rupture de plus dans son parcours, mais comme une étape vers une forme d’autonomie relative, ajustée à ses ressources et ses fragilités. Il s’agit de soutenir des trajectoires d’autonomisation progressives, sans précipiter les séparations, de préparer les accueillis à faire face à un environnement où les dispositifs de soutien deviennent plus rares, moins lisibles, et plus exigeants.
Ce travail s’inscrit donc dans une logique de progression, souvent non linéaire, marquée par des essais, des erreurs, des retours en arrière parfois nécessaires. L’autonomie se construit dans le réel, au travers de situations concrètes : apprentissage de la gestion du budget, formations diverses et recherches d’emploi, reconnaissance auprès de la MDPH, accompagnement dans un logement, apprentissage des démarches administratives, accès à la citoyenneté… …
Accompagner dans cette période charnière, c’est aussi accepter une mise en tension entre protection et émancipation. Il s’agit de maintenir un cadre contenant, tout en laissant place à l’initiative, de recentrer lorsque cela est nécessaire, de retenter quand cela échoue, et de rester présent sans enfermer. Ces situations mettent à l’épreuve les capacités à se repérer, à faire des choix, à assumer des conséquences. Cela suppose, pour nous, d’oser leur faire confiance, de nous exposer à l’incertitude, et de soutenir l’engagement de l’accueilli sans se substituer à lui.
Enfin, ce processus nécessite une qualité de lien qui permet à la relation d’être sécure pour chacun, mobilisant autant notre engagement que celui de l’accueilli. C’est dans cet espace relationnel, traversé par des ajustements constants, que peut émerger une véritable capacité à se projeter, à l’autodétermination et à l’inscription dans une dynamique d’insertion durable.
Pour ouvrir et non conclure…
Nous avons choisi d’inscrire notre Lieu de Vie et d’Accueil dans une vision profondément humaine et engagée de l’accompagnement vis-à-vis des accueillis. Il est pensé comme un espace de reconstruction et de transition, à la fois sécure, apaisant et stimulant. Notre mission est d’offrir un lieu où le temps est un allié, où l’accueil est quasi inconditionnel, et où le lien est au centre de toute démarche.
Être accueilli, c’est faire le choix de se poser, de ralentir pour mieux voir, mieux entendre, mieux comprendre.
Être accueillant, c’est poser un cadre structurant mais souple, qui s’adapte aux rythmes, aux fragilités et aux forces de chacun pour permettre au sujet d’émerger.
Nous croyons qu’accompagner ne consiste pas à guider coûte que coûte vers un objectif prédéfini, mais à cheminer avec, dans une posture de présence réelle, soutenante et respectueuse.
L’accompagnement que nous proposons est global : il comprend l’histoire, les émotions, les besoins fondamentaux, les projets, les doutes, les élans et les impasses de chaque accueilli. Le projet de chacun est co-construit, dans une dynamique vivante, évolutive, faite d’allers-retours, de réajustements et de co-réflexions. Ainsi, nous ne percevons pas les moments de repli ou de régression comme des obstacles ou des échecs, mais comme des étapes normales et attendues d’un processus de maturation.
Nous avons fait le choix d’habiter le lieu sans partager la maison des accueillis.
La distance, relative, entre notre maison et la maison des accueillis nous permet d’adopter une posture de disponibilité attentive mais non intrusive, d’être présents dans l’absence. En effet, nous nous attachons à maintenir une présence stable, fiable, bienveillante, qui donne à l’accueilli un point d’ancrage face à l’instabilité qui a souvent marqué sa vie.
C’est également la possibilité pour chacune et chacun de bénéficier d’espaces de respiration, tout en maintenant une continuité relationnelle. Cette proximité favorise l’émergence d’un lien de confiance, condition essentielle pour toute transformation en profondeur.
Cette prise de distance physique relative nous offre également la possibilité de travailler la question de la confiance. Lors des temps où les accueillis ne sont pas sous notre regard, nous leur octroyons notre confiance et par là même nous leur permettons de reprendre, voire de prendre pour la première fois, confiance en eux-mêmes. De même ils apprennent à refaire, ou faire, confiance à l’adulte : si nous ne sommes pas toujours présents physiquement, nous le sommes psychiquement et nous pouvons en répondre, leur répondre.
Une autre exigence éthique forte de notre accompagnement est de ne jamais parler à la place de l’autre, de ne pas l’enfermer dans un diagnostic, de ne pas précipiter son autonomie. Il s’agit de soutenir l’émergence du sujet, capable peu à peu de penser, de choisir, de dire, d’agir afin de s’approprier sa vie, de s’ouvrir à un avenir possible, de s’apaiser et peut être de faire lien avec le monde.
Le lieu en lui-même – isolé et au milieu de la forêt – participe de cette démarche : il offre un cadre calme, régénérant, loin de la pression sociale. Il est propice à la reconnexion à soi, aux autres et au vivant. C’est aussi un espace qui permet de ressentir, créer, expérimenter autrement, hors des logiques scolaires ou institutionnelles classiques.
Nous croyons que la transformation se fait dans la rencontre, dans le partage du quotidien, dans les gestes simples mais porteurs de sens. Co-construire, co-grandir, avancer ensemble sont les fondements de notre posture : une relation symétrique dans l’attention, asymétrique dans la responsabilité, mais toujours respectueuse de l’autre en tant que sujet en devenir.
Enfin, nous souhaitons que notre Lieu de Vie et d’Accueil soit un espace de solidarité, de tolérance et de soin. Ici, la bientraitance n’est pas un concept mais une pratique quotidienne. Ici, le respect ne se décrète pas mais se vit. Ici, le regard posé sur l’autre est toujours empreint de confiance en ses capacités, même quand lui-même les ignore ou les refuse encore.
En définitive, notre Lieu de Vie et d’Accueil se veut modeste mais essentiel. Un lieu où l’on prend soin, où l’on prend le temps, où l’on accueille, où l’on croit que chaque personne, quel que soit son point de départ, peut redevenir sujet de sa vie, acteur de son avenir, et trouver, en elle et avec les autres, l’élan de vie nécessaire pour avancer.