L’acte de naissance

L’association est née d’une déclaration en sous préfecture de l’Aveyron, à Millau. Publication en a été faite au journal officiel, le 20 juin 1984

Cette naissance légale atteste que « quelque chose » s’est passé dans la société, au « sein » de la société, sous une forme socialement acceptable …. et acceptée !*

Qu’est-ce qui s’est trouvé au commencement et qui est venu enfanter puis porter à reconnaissance sociale cette création associative ? Reprendre les traces ici de l’histoire, c’est voir d’où l’on vient et considérer combien ces traces nous indiquent encore le chemin, combien cette question

rejoint le travail même mené en Lieu d’Accueil auprès des personnes accueillies: « d’où viens-tu » ? « Pourquoi viens-tu ici » ? Mais qu’est-ce que c’est que cette « histoire ? »….. « Il faut qu’on en parle  …. »!

Donner alors quelques éléments datés et repérables permettra, peut-être, de « pister » cette genèse, bien que l’auteur de ces lignes soit convaincu qu’il n’est pas d’autre histoire, dans cette « affaire », que celle du désir au long cours, celui des personnes concernées par cette aventure, celui des « sujets concernés », donc une histoire qui sans doute échappe au savoir ….

Du moins une piste sera-t-elle ouverte pour en pressentir la présence !

Au commencement

Avant FASTE Sud Aveyron, préexistait une association, le « Réseau des fermes de Sever », créée à Rieupeyroux, en Aveyron, sous l’impulsion de Patrick et Marie-France ARDON, créée le 25 08 1977.

Cette association de lieux s’est développée. L’importance et l’intérêt de cette activité de « lieu d’accueil » ont été marqués par l’organisation de formations pour travailleurs sociaux et responsables administratifs, toujours en Aveyron.

C’est dans ce cadre associatif que nous avons travaillé depuis janvier 1981 à Brox, avec ma femme…en attendant un enfant !.

Au même moment, en février 1981, le département de l’Aveyron, sous l’impulsion de M. Gauthier, DASS de l’Aveyron, reconnaissait plusieurs lieux d’accueil, dont le nôtre.

C’est dans ce même cadre associatif aussi que la désignation « lieu d’accueil » ( L.A.) s’est réfléchie, formulée puis imposée car garante de clarté sur la place des jeunes accueillis et la place des Lieux dans le paysage social (Nous y reviendrons plus loin)

Une filiation plus large.. .

Il faut rappeler la « migration » de F. DELIGNY vers l’Ariège, s’éloignant des colonies pénitentiaires du Nord de la France pour inscrire des enfants dans des espaces de « vivre avec » et de poser les bases théoriques de ce qui deviendra un mouvement social! (Centralité du vivre avec, centralité du sujet et centralité de la parole)

Rappeler également l’importance de l’Anti Psychiatrie, très active à l’époque en Italie et qui en France a fortement influencé le secteur psychiatrique.

Des voisinages féconds.. .

L’école de Bonneuil sur Marne de Maud MANNONI (Faire le lien ici avec les Ardon?)

La psychothérapie institutionnelle et notamment la clinique de La Borde (J. Oury) et la clinique de St Alban (F.Tosquelles)  mais aussi le réseau Solstices (B.Durey), et …….

La crispation autour du contrat :

Mais pourquoi cette première association, -le réseau des fermes de Sever-, avait-elle construit des « contrat d’accueil », si anticipateurs de notre singularité de travail mais devenus aussi l’endroit de la cristallisation de la confrontation avec la plupart des autres groupes de lieux ?

C’est que…. c’est une autre histoire…!

Les permanents du Réseau d’accueil de l’Aveyron, le couple Ardon et trois autres permanents, ont été mis en procès en Mars 1976, pour « accueil illégal d’enfants » en Aveyron.

Le jugement du 09 mars 1977 qui en a suivi a, par la suite, permis à la fois la reconnaissance du travail des lieux concernés ( les deux derniers attendus du jugement l‘indiquent ) mais aussi l’obligation, – de fait et non par un mouvement de pensée-, de se confronter aux problèmes juridiques, financiers et administratifs dans ce même département.

Il s’en est suivi la construction du « contrat d’accueil », déjà vingt cinq ans avant la reconnaissance nationale des LVA par la loi du 02 01 2002, c’est à dire de façon précoce dans la longue histoire des lieux.

Cette « pièce juridique » a été considérée comme fondamentale à Faste Sud Aveyron, car elle donne pleine capacité juridique dans l’accueil aux partenaires concernés,….. dont la personne accueillie !.

Elle est vite devenue essentielle dans le travail de relation entre l’activité dans le lieu d’accueil et la société pensée comme extérieure au lieu d’accueil, dans une distinction qui est celle qui existe entre famille et société environnante.( voir notre article « prestation , agrément, contrôle » de1993, remanié en 1997.) ***. Ce contrat a été également une volonté pour les Lieux d’être repérés dans la sphère du travail social, se défendant ainsi du procès d’intention « d’opacité » qui leur était régulièrement fait et leur donnant l’occasion d’en préciser objectifs, moyens et garanties. (Voir affaire du Coral) Les Lieux définissent leur espace et en rendent compte !

Une subjectivité assumée !

Dans les années 80 circulait le slogan suivant ; « Des personnes plutôt que du personnel ». Ce slogan, invitant à humaniser l’éducatif et le soin a beaucoup influencé les « créateurs » de Lieux et fait encore trace aujourd’hui. La subjectivité reste centrale avec le devenir sujet pour les personnes accompagnées et pour ce faire en les confrontant à d’autres sujets accueillants. Cela dit, cette démarche nécessite un balisage précis : Contrat, parole et notion de sujet y contribuent fortement.

Interroger une naissance, c’est interroger les partenaires concernés !

Qu’est-ce que vous foutez là ???

En explorant les motivations singulières des personnes, leur démarche, leur cheminement social mais aussi « intérieur »: n’est-ce pas là que le désir fait sa trace en eux ?

L’exemple de P. et F. ARDON (En annexe)

Ce témoignage donne à voir la diversité des influences qui ont « présidé » au choix de P. Ardon ou plutôt l’ont « précipité », par ce qu’il appelle « le qui pro quo », titre du texte !
Ce qui est sûr c’est l’influence particulièrement forte sur eux ( lui et sa femme ) du « travail » de Maud Mannonni à Bonneuil sur Marne, dans ces années 70.
Tenter de saisir de qui s’est passé là, c’est ainsi tenter de percevoir, -ou plutôt de deviner-, la genèse d’une nouvelle façon de « soigner » des personnes en difficultés dans le champ social de ces années 70, induite par Maud Mannoni.
Or il est possible de chercher d’où viennent ces influences et les idées de M. Mannoni sur le couple Ardon : qu’est-ce qui préside alors à la naissance  des Fermes de Sever ?

L’enjeu est ici de trouver, dans la vie et l’œuvre écrite de M. Manonni, ce qui s’approche de cette genèse pour elle _même. Or il existe, dans son œuvre, un livre particulier, une autobiographie en fait, qui donne à voir ce parcours personnel dont il s’agit de découvrir les détails de son cheminement particulier. Il s’agit de son livre  » ce qui manque à la vérité pour être dite » – Paris – Denoël – 1988 – J’y convie le lecteur détective… !!!!

Ce renvoie à l’œuvre écrite de M. Manonni est aussi une sorte de « mise en abime » de ce que j’appelle le trajet du désir en chacun d’entre nous. C’est aussi convoquer les circonstances de la naissance de ce qui deviendra une institution traditionnelle (SANT) et les péripéties qui n’y manqueront par la suite.

Ce passage par l’historicisation de notre sujet permet ainsi de mesurer ce dont la naissance de notre association témoigne et révèle : l’accouchement de ce que le désir provoque en chacun qui en est « atteint » et La mise au travail de ce qui est « investi » avec le public accueilli au cours de ces partages du quotidien. Public objet d’investissement et public attendu au « devenir sujet ».

Poursuivant cette piste de la genèse de notre association, une sorte d’enquête pourrait être faite en demandant à chacun des membres actuels et passés, ce qui les a conduit, chacun, chacune, à s’associer pour la création de l’association et sa poursuite au long cours, depuis 1984….
Qu’est-ce qui fait qu’une association se créée ? Il ne s’agit pas ici seulement du comment cela advient mais aussi de ce qui advient-là pour chacun…..

(A ce jour un tel travail semble se profiler avec l’Université de Montpellier; mais chut ! La date de la naissance n’est pas encore certaine !)

La puce à l’oreille

Par contre je puis témoigner d’une rencontre singulière qui m’a mis « la puce à l’oreille » ou le désir au cœur : il s’agit d’une lecture qui a été pour moi comme une révélation: il s’agit du livre « le temps du désir » de Denis Vasse ; Ed. Seuil, 1969, lu bien après sa parution.

Les chapitres précédents ont tenté de donner à voir cette émergence singulière chez les personnes concernées, ce qu’il en est de leur attente attenante à ce qui va devenir le cœur du travail de l’accueil de l’autre, dans ce qu’ils vont créer solidairement et socialement par la suite..

Cette remontée dans le temps et l’intériorité des personnes ici convoquées sont l’expression de ce qui se trame aussi dans les accueils concrets qui se déroulent dans l’activité des L.A. et, par la suite, parfois même au-delà de ces accueils !.

C’est ce qu’il m’importe, comme témoin historique, de signifier à ceux qui s’y risquent : ce long travail d’accouchement dont nous sommes à la fois les parturientes et les « sages-femmes ».

Cet enjeu du désir qui nous traverse et qui apparaît dans nos rencontres, souvent les plus intimes mais souvent à notre insu, est ce qui pose les permanents des lieux d’accueil comme « maïeuticiens » !

Si le terme « maïeutique » a ici son sens c’est parce que « La maïeutique consiste à faire accoucher les esprits de leurs connaissances. Elle est destinée à faire exprimer un savoir caché en soi. »( Socrate )  

Or il s’avère que le fond de l’activité du travail en lieu d’accueil n’est pas d’abord la socialisation des personnes accueillies mais, le plus souvent l’émergence de leur propre subjectivité, barrée par les événements de leur propre histoire.

Bernard Durey, dans son travail auprès des enfants psychotiques, a énoncé cela de façon ramassée, en parlant du  passage du « sujet potentiel » au « sujet avéré ». *

C’est en cela que les lieux d’accueil semblent à la marge des institutions sociales : ils se placent en amont des institutions classiques car celles-ci supposent les personnes accueillies comme déjà « sujets avérés ». Si ces personnes sont heureusement, dès leur naissance, « sujets de droit », à notre époque et dans notre pays, la question à laquelle nous essayons de répondre essentiellement dans notre activité sera « Où est le sujet ? », ou bien dit autrement : « Quel est son désir » ?

Cette question fondamentale vaut pour les personnes en difficultés que nous accueillons, mais elle vaut aussi pour les permanents de lieux d’accueil, dans leur reconnaissance sociale, restée toujours incertaine encore. L’enjeu, là, est politique sans aucun doute….. !

C’est parce que se trouvent, dans les registres de relation abordés ci-dessus, les enjeux de « mieux-être », et des personnes que nous recevons en L.A. et des permanents eux-mêmes, que nous sommes conduits à défendre socialement de façon motivée, voire mordante, non seulement la qualité mais aussi les enjeux de l’accueil, y compris devant les instances les plus hautes de l’État, au moins en France, aujourd’hui.

À Brox, le 23 05 2025

Alain Souchay.

Le sujet assujetti / Le sujet subjectivé / Parole plus que désir / La marge reste sur la feuille /

* Dans un article de la revue VST ( numéro 107, p.108 en haut ), J.M. Antoine assure que notre association est née en 1992-93…. ! (…) et le dernier coup de semonce du GERPLA est de déposer le projet des UVAP. Nous sommes en 1992-1993, l’époque de la scission qui fonde FASTE Sud-Aveyron.

L’idéologie tord les faits …. !

** Dès 1981, l’article 4 de l’« agrément départemental » précise l’utilisation d’une convention de « placement », pièce juridique essentielle de nos accueils sur le fondement d’une circulaire antérieure. ( circ. 76-289 du 19 11 1976 dont je ne retrouve pas…… l’origine administrative !)

*** Cette convention a d’ailleurs été reprise partiellement dans les décrets suivant la publication de la loi du 02 01 2002…. mais en l’amputant de ses aspects financiers !.