Accompagner les émotions…

Accompagner les émotions d’un enfant !
J’ai tenté ici de développer un des chantiers auquel nous invite notre travail.
Il y a beaucoup de choses théoriques, d’exemples et de redondances.
Il est bien évident que ce ne sont que des pistes de réflexions sur lesquels je tente de m’appuyer comme base de mon travail et qu’il est très difficile de le mettre en place de façon constante au quotidien.
Je trouvais que c’était intéressant de le partager aujourd’hui et c’était l’occasion pour moi de tenter un écrit à ce sujet.
En pensant à cette rencontre, beaucoup de questions me sont venu concernant ce qui anime mon travail au quotidien : comme :
- Comment aider les enfants et ado que j’accueille à redresser une situation ou gérer un conflit
- Comment susciter la coopération
- Comment donner du soutien à celui qui en demande sans prendre partie
- Comment en aider un autre à se libérer d’un rôle qui l’empêche de s’épanouir
Et j’en passe.
Mais celle qui m’a semblé être la base, la pierre d’angle de toute les autres :
Comment aider les enfants aux prises avec leurs sentiments
En effet, ce qui m’apparaît aujourd’hui comme étant primordial avant toute autre chose est le fait d’entendre, d’accueillir, de respecter et d’accompagner autant que possible l’enfant dans ce qu’il vit, dans sa réalité intérieure ; d’entendre, d’accueillir et respecter ses sentiments.
Vous me direz, “ça paraît évident dit comme ça” et pourtant au quotidien je trouve que ce n’est pas si facile.
On sait qu’il existe un lien direct entre les sentiments des enfants et leur comportement ; que nombre de difficultés intellectuelle, sociale, scolaire… ont pour origine des blocages émotionnels ; que les évènements ne deviennent traumatiques que si on ne laisse pas libre cours à l’expression des sentiments qu’ils suscitent ; et que tant qu’elles ne seront pas entendues les émotions seront bruyante et utiliserons tous les moyens pour se faire connaître.
Or :
– Accueillir par une réelle écoute attentive, vraie, empathique
– Décrire ce qu’on voit où reformuler ce qu’on entend
– Arriver à regarder plus loin, au-delà des paroles des enfants, en vue d’identifier et nommer ce qu’ils sont en train de ressentir
– Se mettre à leur place, à leur hauteur, regarder avec leurs yeux : reconnaître et comprendre la souffrance intérieure
– Leur laisser un espace d’expression en leur montrant des façons acceptables, saine et sure de manifester leur colère…
par une activité symbolique ou créative ou bien par la mise en action du corps et l’utilisation de tous les outils à leur disposition comme crier ou taper dans un coussin, rugir comme un lion, déchirer du papier, faire du sport, aller courir, dire avec les mots, sauter, écouter de la musique…
Ou encore
– Les laisser trouver leurs propres solutions sans tenter de résoudre leur problème par une solution immédiate, sans les noyer de conseil, de question, de logique, d’explication, sans tenter de les rassurer ou sans nier leurs sentiments pénibles ; vous savez, le fameux :
« ne pleure pas ce n’est rien, ça va aller »
Et
– Leur montrer que la reconnaissance et l’expression verbale de leurs impulsions les plus violentes ne détruisent ni la relation, ni personne.
Tout ceci pour moi est loin d’être aussi facile qu’il n’y paraît.
Et je n’y arrive pas toujours, nous n’y arrivons pas toujours.
Cela demande en réalité énormément d’habiletés.
Entendre : entendre l’autre :
Si derrière colère, pleur, gentillesse excessive … il y a toujours une détresse, elle n’est pas forcément évidente à entendre. Elle peut venir de loin, de sa propre histoire ou de celle d’un ancêtre, ou d’ailleurs.
Elle demande de se questionner :
Car on le sait aussi jusqu’à très tard les enfants et adolescent sont bien souvent prisonnier de l’immédiateté de leur réponse émotionnelle, sans médiation de la pensé pour relativiser ou hiérarchiser les choses… c’est alors à nous adulte à qui la tâche incombe.
– Quel est donc son vécu : comment associent-ils les choses…
Il a peur de ce doucher parce qu’il y a des papillons de nuit dans la salle de bain.
Qu’est-ce que représente pour lui le papillon ou les yeux du papillon qui le regarde, de quoi a-t-il peur,
à quoi, à qui dit-il non…
– Que dit-il donc : quel est l’émotion bloquée, le besoin caché derrière un comportement bizarre, déplacé, excessif, systématique qu’il soit d’agressivité, de passivité, de gentillesse, de dépendance, de jalousie, ou d’opposition… car quand une émotion prend le pas sur les autres c’est bel et bien qu’il y a anguille sous roche.
Et puis entendre c’est entendre l’autre mais c’est aussi s’entendre soi :
Pourquoi moi, je dis cela ?
– Qu’est ce qui me dicte mon attitude quand je suis exaspéré, incapable de lui répondre ou tenter de le surprotéger, qu’il est trop sage ou excessif ?
– Mes besoins sont-ils en compétition avec ceux des enfants, mes besoins sont-ils respectés ? car bien souvent il est vrai, mes besoins d’adulte sont opposés à ceux des enfants.
« Silence et calme pour moi, bruit et agitation pour eux. »
« J’ai froid mais pour toi il fait chaud, aucun de nous n’a tort ou raison chacun ressent ce qu’il ressent »
– Être conscient de là où on en est et de là où en est l’autre permet alors de négocier quelque chose qui soit acceptable pour chacun autant que c’est possible :
« Ok, je n’arrive plus à réfléchir, j’ai besoin de calme là, je travaille, et toi j’entends que tu as besoin ou envie d’écouter de la musique, est-ce que c’est possible pour toi de mettre ton casque ou de baisser le son… »
Ça paraît simple : décrire le problème, exprimer ce que l’on ressent ainsi que mes attentes tout en respectant les sentiments et besoins de l’autre et là encore je n’y arrive pas toujours, nous n’y arrivons pas toujours, nous n’arrivons pas toujours à être aussi clair avec nous-même et l’autre sur ce que l’on ressent et sur ce que nous pourrions mettre en place pour respecter et nourrir les besoins de chacun.
Car « nous ne sommes pas maître en ma propre demeure ». Nous n’avons pas toujours accès à tout ce qui nous concerne « ici et maintenant ». Nous pouvons ne pas y être disponible pour x raisons : fatigue, préoccupation x ou y…
Puis parfois, les émotions des enfants, nous remuent, nous insécurisent, car elles nous renvoient à nous même, à nos propres émotions refoulées, dénié, interdite… elles sont dans ce cas difficiles à percevoir et à contrôler, nous n’y avons peut-être même jamais eu accès, elles nous paraissaient peut-être trop dangereuses.
Tapis dans notre inconscient, elles sont souvent issues de notre propre enfance.
Et là où nos émotions d’enfance restent refoulées, on ne peut percevoir la réalité de l’autre.
En effet, il est difficile parfois de respecter la colère d’un enfant, de supporter qu’il hurle sa rage et de lui tendre la main, de l’accompagner afin qu’il l’exprime, la sorte et s’apaise, quand on ne s’est jamais autorisé soi-même à dire non, à ressentir de la colère envers celui ou celle sensé je protéger…
Accepter de l’entendre de l’enfant irait à l’encontre de décisions inconscientes prise dans notre petite enfance et qui visait à sauvegarder ou restaurer une image positive de soi ou de l’autre qui serait sinon intolérable pour nous :
« non, s’il ou elle a fait ça c’est pour mon bien… »
Cela nous obligerait à remettre en cause beaucoup de chose : l’autre parent :
« il ou elle a pu me mettre en danger… »
l’éducation reçue :
« il ou elle ne m’a jamais vraiment écouté… »
… et nos défenses sont solide, elles ne comptent pas se laisser infléchir aussi facilement.
Nos émotions demandent ainsi qu’on s’en occupe réellement, et pour cela nos besoins qu’ils soient de sécurité, de partage, de sens, de réalisation, de créativité et j’en passe, demandent à être nourri.
Écouter, entendre n’est donc pas toujours facile et comprendre encore moins :
Une émotion naturelle, juste et spontanée éveille chez nous de la compassion, et ne dure que quelque minute mais parfois nous sommes face à une distorsion, une émotion parasite qui elle dure, nous énerve, nous agace.
Là encore quand nous avons du mal avec une émotion elle demande de s’interroger.
Il éveille en nous un sentiment insoutenable, nos limites sont atteintes, nous sommes exaspérés par certaines réactions, nous sommes envahis par une colère qui nous dépasse, ou nous nous sentons tout simplement vulnérable, un nœud est là.
Quand des émotions ne peuvent se dire dans leur authenticité elles se déguisent, se déplacent sur des objets de substitution et se remplace les unes les autres. Elles dissimulent la vérité, cachent le véritable besoin. La décharge est alors souvent inappropriée, disproportionné, elle vient réveiller un déclencheur ; réactiver une peur, une colère initiale …
La peur peut être alors le retournement contre soi d’une colère indicible, la gentillesse excessive peut cacher une jalousie inexprimable, la colère venir en lieu et place d’un réservoir d’amour vide et j’en passe encore.
Cette émotion qui nous agresse, qui nous dépasse peut aussi traduire ce que l’on ne s’avoue pas. Les enfants entendent notre propre inconscient, sentent nos émotions refoulé, dénié et se mettent au service de nos besoins émotionnels. Pour eux nos réactions sont plus signifiantes que nos mots. Ils nous donnent ainsi parfois par leur comportement l’occasion de sortir notre rage rentrée, de se défouler. A nous d’en prendre la responsabilité de prendre un moment, et de mettre du sens dans ce que cela déclenche chez nous…
Conclusion :
Les émotions ne sont ni négatives, ni positives, elles ont toutes une raison d’être et nous construisent, elles sont le mouvement de la vie en soi.
Reconnaître ses émotions, c’est accepté comme on est, c’est construire la confiance en soi, c’est prendre soin de soi.
Laisser se dire et laisser dire les enfants, fournir à chacun un espace pour vivre émotionnellement et se libérer des tensions occasionnées par une blessure, une injustice est indispensable car encore une fois la peur, la souffrance, la colère refoulé sont autant d’émotions qui peuvent empêcher une personne de se montrer telle qu’elle est et d’entrer en relation juste avec les autres, avec le monde.
Être en relation, tendre vers toujours plus de coopération, de respect mutuel, pouvoir poser un cadre, des limites qui respectent et protègent chacun.… Tous ceci passe par l’expression authentique, la reconnaissance et la prise en charge des sentiments et besoins de chacun or comme on l’a vue ; identifier, nommer, comprendre, exprimer et utiliser positivement les émotions qu’elles soient bruyantes ou silencieuses, n’est pas une tache si facile.
Entendre et questionner les attitudes, les réactions de chacun est alors indispensable.
Aider les enfants à se mettre en contact avec leur réalité intérieure, leur donner la possibilité d’être en colère, jaloux, heureux, triste, les aider à avoir conscience de ce qui se passe en eux, et ainsi leur rendre la responsabilité de leurs propres émotions tout en les accompagnant pour trouver des manières socialement acceptables d’exprimer toute leurs émotions sans exception ; oblige que nous même nous mettions au travail. Pour pouvoir entendre l’enfant dans sa vérité il nous faut nous-même prendre la responsabilité de ce que l’on vie, de ce que l’on ressent, être au clair avec nos propres émotions, être le plus authentique et honnête possible avec soi et l’autre, aujourd’hui, et s’autoriser à ressentir et exprimer la colère contre les injustices ou la peur face aux mises en danger subits hier. Car les émotions permettent de se reconstruire après une blessure pour autant qu’elles sont entendues et respectées.
Voilà un des chantiers et pas des moindres auxquels notre travail nous invite.
J’espère que cela donnera de la matière pour mieux comprendre ce qui motive et est au travail dans les SAS, et je terminerais avec une phrase qui n’est pas de moi et qui résume assez bien ce que je pense ainsi que mon travail :
« Il n’est rien de plus difficile que de travailler avec des enfants alors si nous leur laissons mille et une chance, laissons-nous mille et deux chances. » Isabelle Filliozat
Joa Poncelet
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