Clinique du Quotidien
Ce qui opère dans l’accueil : clinique du quotidien, transfert et triangulation en LVA
Ma base de réflexion et de travail s’appuie sur les références de la psychanalyse :
Quelques éléments à l’œuvre dans mon accompagnement au quotidien :
- Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse : l’inconscient, le transfert, la répétition et la pulsion.
Et un des moyens mis en œuvre pour s’en saisir plus profondément, être au plus proche de la clinique et réadapter, réinventer au quotidien nos réponses :
- La supervision
J’accueille d’abord des « sujets » en souffrance dans ma vie quotidienne, dans un cadre réglé par convention comme préalable à tout soin.
Ensuite, j’essaye de comprendre l’énigme que représente chacun et tente d’inventer au cas par cas des solutions qui aideront les jeunes que j’accueille à vivre apaisés. Pour cela être dans une petite structure avec un petit nombre d’accueilli me semble indispensable. (On ne travaille pas de la même manière, on ne peut pas faire les mêmes choses ni avoir le même regard sur chacun lorsqu’on s’occupe d’un groupe de 15 enfants ; on ne peut pas passer non plus autant de temps individuellement avec chaque accueilli et ce autant qu’il est nécessaire et possible).
Quand les enfants vivent trop d’angoisses, de souffrances, le processus relationnel est interrompu par ces débordements.
L’inscription du soin dans et par l’accueil se fait alors en préalable à travers la restauration ou l’instauration de liens.
Les enfants trouvent ici un autre mode de rencontre, celui de la parole et de l’écoute, une relation à l’adulte différente, sur des bases nouvelles empreintes de bienveillance et de temps accordé à chacun.
Les accueillis ont tendance et la possibilité de rejouer les scènes problématiques de leur histoire, (répétition, transfert+++), les réponses différentes qui leur sont données les aident à se (re)situer dans le temps, l’espace et la relation ; de cette manière ils peuvent (re-)créer du lien avec leurs pairs et pères.
Je suis à l’écoute de ce qu’ils disent et surtout de ce qu’ils ne disent pas, de leur souffrance, de la fiction de leur vérité et de ce qu’ils donnent à entendre des leviers par lesquels je pourrai tenter de les rassurer et de les contenir lorsque les choses lâcheront pour eux (pulsions).
C’est bien par la parole que l’on passe de la pulsion à la penser.
La relation est la base de ce qui soigne, elle a une haute dimension thérapeutique.
Dans la relation, je tente de repérer quelque chose qui remet dans l’actuel des éléments difficiles, douloureux de l’histoire de l’enfant : la « répétition » dans l’actuel de ce que le « sujet » a pu vivre de difficile.
Ceci n’est pas forcément lié à une « méchanceté » de la part de ses parents … Mais dans sa vie imaginaire, dans la manière dont il a ressenti son environnement, il s’est passé quelque chose que l’enfant a ressenti comme douloureux ou dangereux … et il va avoir tendance à le reproduire dans la relation.
Une des questions fondamentales est alors :
- Qu’est ce qui se joue et se rejoue pour cet enfant des scènes de son histoire ?
- Qu’est ce qui se joue et se répète de la problématique de tel jeune, quant à sa façon de se positionner par rapport à l’autre, de se défendre ?
Ainsi, une jeune fille (abandonnique) a pu mettre en péril le LVA de par le clivage qu’elle avait instauré entre les partenaires, s’attachant intensément à l’un et suscitant chez l’autre des mouvements de rejet qui reproduisaient le rejet initial, premier = « Transfert ».
Un autre, lors d’un moment heureux, eu besoin de « casser » ce moment car source de souffrance, ou comme pour vérifier si ça allait tenir… Un jeune a déjà quitté le lieu d’accueil de son plein gré car c’était trop difficile pour lui de voir tout ce bonheur.
Un autre encore ayant des défenses « psychotiques », vivant en son monde intérieur quelque chose de l’ordre du « morcellement » et d’une jouissance mortifère, me le fait vivre « dans le transfert », me renvoyant à des sensations, images, positions subjectives intolérables, me poussant à me rigidifier…,
je peux alors être tenter entre autres, de répondre du côté de la loi, de celui qui interdit systématiquement, ce au risque de devenir le mauvais objet et donc au péril de l’accueil…
Je peux alors (par suite des rencontres répétés des rejetons de la pulsion de mort), ne plus être dans une position qui me permet de supporter le morcellement de l’autre.
La « Supervision » me permet de prendre du recul, de me décaler, de me réajuster, de réajuster mes réponses et mes comportements et ainsi, de supporter la souffrance de l’autre.
La question mise au travail est : « qu’est ce qui se passe pour moi avec cet enfant ?».
Nous échangeons alors sur ma perception psychique, sur mon regard sur cet enfant, ma façon d’être avec lui…
Je suis « caisse de résonance », il n’y a pas que la partie de l’enfant qui se joue, mais la mienne aussi.
Des choses en nous se mettent à réagir aux difficultés, à la position adoptée par l’enfant.
Une part essentielle de ce qui se joue échappe à notre maitrise dans la mesure où ils sont régis, jusque dans notre vocation par des motivations inconscientes.
En « supervision », nous disons quelque chose de ce que cet enfant nous fait vivre.
Pour ma part, je questionne le rapport transférentiel de ce que cet enfant-là m’assigne dans cette position-là, de ce que cet enfant-là vient avec sa « jouissance » toucher en moi de ma propre « jouissance », d’un insupportable que je ne peux pas moi-même traiter symboliquement et qui me dépasse.
Cette analyse « contre transférentielle » nous est indispensable et nécessaire car notre inconscient peut s’avérer plus déterminant pour le développement d’un enfant qu’une action éducative programmée.
Mais les transferts sont multiples, je dois rajouter à cela la relation du jeune avec les autres accueillis, avec mes enfants, mais également avec tous les partenaires en relation avec eux…
Le noyau que je travaille est donc « La constellation transférentielle » (Solstices : Claude Allione) et non celui de vouloir changer l’enfant.
En s’appuyant sur le, les « Transferts », je tends, le plus possible, à utiliser les éléments vécus en relation avec l’enfant pour l’aider, à lier les choses, le lien et l’amour devant triompher devant la rupture et la haine, à mettre des mots, du sens, des émotions sur ce qu’il vit, pour l’aider à border toujours plus le trou « béant » présent dans sa trame symbolique.
Pour permettre au « sujet » de relier les éléments de sa vie qui sont coupés, séparés les uns des autres, pour l’aider à se constituer une histoire.
Notre travail consiste à prendre conscience de tout ça, de ce qui se joue pour le jeune (« Répétition et Transfert ») et pour nous (« Transfert ») pour le comprendre et l’aider, en faisant le pas de côté essentiel et nécessaire face à sa problématique, face a la problématique transférentielle et relationnelle en jeu, et tenter de faire bouger les choses.
Si l’on ne peut parfois ni assouplir, ni flexibiliser les capacités à se défendre (de choses qui sont insupportables) d’un jeune (et parfois il vaut mieux ne pas y toucher), ni permettre une élaboration psychique car sa structuration psychique ne le permet pas (forclusion), on peut toujours assouplir et flexibiliser la relation et permettre un apaisement, et dans tous les cas un accompagnement le plus adapté possible du jeune.
De l’analyse des enjeux conscients et inconscients de telle ou telle situation : conflit, relation, passage à l’acte, séduction, agressivité, défenses… découle pour moi une meilleure compréhension de la problématique d’un jeune, des positions à tenir, de l’attitude à avoir au quotidien et de l’orientation ou du projet à envisager…
La relation et l’élaboration (pas de transfert, d’espace psychique sans parole verbale ou non) sont ainsi mes outils principaux pour apaiser les jeunes et ce dans une perspective thérapeutique et éducative.
Aussi face à ce qui vient d’être évoqué, je me suis fait le devoir d’être entouré mais les autres professionnels, mes partenaires (ASE, psychiatre, superviseurs… mais également les membres du CG) ont également le devoir de m’accompagner, ce, sans jugement de valeur et avec un certain crédit porté à la, à ma parole, (ce qui n’est pas toujours le cas) car (comme le dit Mr Allione) on ne peut décemment pas laisser les gens seuls, même des professionnels, face a des problématiques aussi lourdes, et notamment avec « la psychose » qui constitue pour moi 50 % de la population accueillie.
Afin de tenter donc d’avoir la meilleure compréhension possible de ce qui peut se jouer pour un jeune quant à sa problématique et les répercussions que celle-ci peut avoir sur moi, au sein du groupe, avec mes partenaires… et avoir la meilleure attitude au quotidien pour les accompagner au plus proche de la clinique, je mets les moyens nécessaires en œuvre : supervision, suivi psychothérapeutique, réunion d’équipe…. et un cadre juridique aussi indispensable que nécessaire comme tiers structurant et séparateur.
Aujourd’hui, plusieurs réglementations et obligations juridiques indispensables viennent s’imposer aux LVA et ce parfois à leur initiative : la tarification, l’évaluation… mais elles sont mises en œuvre de façon complètement inadaptée, avec toutes les conséquences que cela peut avoir comme notamment :
- En ce qui concerne l’appel à projet (qui pour le coup n’est pas de ma fait), d’évacuer la question du « désir du sujet », en ce qui me concerne, désir de créer un LVA et de devenir permanent, désir d’accueillir tel enfant, désir de travailler autrement, de proposer autre chose qui sortirait des sentiers battus, désir de lutter contre le désir de mort du désir, désir de lutter contre thanatos, contre la désintrication pulsionnelle.
Pour ma part, le seul rempart éthique qui m’a poussé à travailler en tant que permanente dans un LVA est bien le désir de lutter contre l’immobilisme (plus rein n’est fait ni inventé, les soignant ont le même rôle dans le même service depuis des années), contre la quête de la tranquillité (par une utilisation importante de la pharmacopée psychiatrique), contre l’indifférenciation des prises en charges et contre la croyance en une souveraineté des chefs sous couvert de tiers institutionnel comme défense face à l’inconnue de notre désir (le sujet manque à être et désire) (ils ne connaissent pas mieux ni plus que nous l’énigme que représente chacun, ni la vérité de l’autre…). J’ai le désir de travailler avec des personnes qui se remettent en question, qui se découvrent des possibilités et décident de trouver des solutions autres que de se soumettre à des institutions qui fonctionnent selon des modèles préétablis, dont il est difficile pour ceux qui y travaillent de s’écarter.
Une autre chose a été moteur dans ce choix, c’est la fonction multi-casquette de permanente : elle me rassure.
« La triangulation » est très importante :
Les permanents ont autre chose à faire, je suis « multi casquettes » auprès des jeunes : taxi, oreille attentive, docteur, clown, professeur, limite… en sommes : « un bon père de famille », mais aussi au sein du LVA, on doit s’occuper du repas, du linge, du potager, des animaux, de la comptabilité, des rapports…
Toutes ses activités « autres » font tiers, elles sont indispensables :
- Elles évitent l’écueil d’une relation duelle pouvant amener au rejet.
- Elles évitent l’écueil de la suractivité ou la sur-sollicitation des enfants.
- Elles permettent à chacun de se séparer.
- Elles permettent surtout de laisser les accueillis respirer : « l’autre, le permanent, à autre chose à faire par moment ! » Un élément ayant plus que son importance et des « effets non négligeable et au combien salutaire », du fait de mon statut et mon rôle multifonction, je travaille aussi et surtout à les laisser souffler.
- Chose encore très importante et très rassurante pour les jeunes, dans le fait que le permanent soit « multi casquette », c’est qu’il est décomplété, parcellisé en de petits autres, il n’est pas tout puissant dans un rôle ou une fonction (un grand Autre persécuteur qui dicterait et ferait le monde), il est dans son rôle de « bon père de famille ». Et quoi de plus rassurant pour un enfant que l’accueil dans un environnement de la sorte, familial ou les permanents remplisse des rôles bien identifié par lui de « suffisamment » bon père et mère de famille !!!!
Joa Poncelet
630 Route de Couat
12400 St AFFRIQUE
Tél : 06-86-25-54-95
